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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 14:36

Esclavage et marchandisation

 

A ceux qui expliquent que tout devient marchandise, des bonnes âmes peuvent répondre qu’il n’est pas question d’en revenir à l’esclavage.

C’est alors que des esprits de gauche prétendent que le salariat d’aujourd’hui est pire que l’esclavage d’hier pour la simple et bonne raison que le propriétaire de capital humain se devait de bien le nourrir, de le loger et de le soigner pour en conserver la valeur, alors que le capitaliste laisse l’hypothétique soin de logement, de santé et d’alimentation soit à la charge du maigre salaire de l’employé, soit à la charge de l’Etat quand l’employé est fait chômeur pour mieux peser sur le montant du dit salaire.

Des esprits non moins de gauche avancent d’autres théories : l’esclavage n’a été aboli que par l’effet de l’évolution des forces productives (machines surtout) en conséquence toute analyse sociale doit être ramenée en son cœur : l’analyse économique.

Et enfin, pour faire bonne mesure, la théorie à la mode du gagnant-gagnant n’est pas en reste ceux qui aiment rappeler que les esclaves furent en fait vendus par de minables rois noirs, ce qui les libéra de sociétés archaïques, pour les affronter au monde de la modernité. Le propriétaire d’esclave était gagnant mais l’esclave lui-même, quand il avait  les moyens physiques de résister, bénéficiait d’un grand voyage vers la modernité !

 

Ces trois raisonnements font plus ou moins adroitement l’impasse sur un même phénomène : le désir populaire de liberté.

En Europe aussi ils furent des millions à se ruer vers les Amériques mais, par des campagnes de publicités (la ruée vers l’or) et pour des raisons économiques, ils décidèrent eux-mêmes de quitter leur terre pour l’aventure. Bien sûr, cette liberté restait toute relative mais pourquoi faudrait-il reprendre l’idée de la classe dominante qui prétend que l’utopie étant impossible, il est plus sage de garder le statu-quo ! Au nom d’une liberté hypothétiquement complète, il faudrait mépriser les libertés relatives ? Bien sûr, il est possible de trouver, en 1850, des esclaves en situation meilleure que certains ouvriers. Mais le paternalisme des maîtres était tout autant répandu parmi les propriétaires d’esclaves que parmi les patrons d’usine !

La sous-estimation de la volonté populaire de liberté est toujours la plus manifeste chez les penseurs économistes qui se croient au centre du monde. Ils font donc l’impasse sur les luttes populaires de milliers d’esclaves à travers le temps pour réclamer leur liberté. Et si ces luttes sont mentionnées, c’est pour les ridiculiser : elles n’étaient socialement possibles qu’en fonction du développement économique. Une façon plus ou moins voyante d’expédier la Révolution française dans les poubelles de l’histoire ! Si les raisons économiques dictent des comportements, il s’agit surtout de ceux de la classe dominante qui aux USA par exemple, voyez mal qu’en 1793 on puisse abolir l’esclavage. Les forces populaires n’ayant pas en main l’outil économique ne peuvent raisonner qu’en terme politique et c’est en terme politique qu’elles imposèrent dans la France de 1793 l’abolition de l’esclavage dont le r établissement fut à son tour une défaite politique.

 

La lutte des classes comme moteur de l’histoire, c’est la volonté populaire de liberté (aussi minime soit-elle) contre la domination des puissants. Ces derniers sentant en permanence le boulet de la défaite siffler à leurs oreilles décidèrent d’inventer l’individualisme pour qu’en effet la liberté soit celle de l’un, isolé de sa classe. Les oligarchies savent reculer pour mieux sauter quand les révolutionnaires croient trop vite qu’une concession est une compromission.

 

Si aujourd’hui tout est marchandise, cela tient à la généralisation globale du phénomène (l’esclavage dans toute son horreur fut un système localisé) et la riposte a besoin d’être globale en demandant la décroissance de la marchandisation (voir brochure sur ce point). Cette décroissance, comme l’abolition de l’esclavage, apparaît comme impossible à tout point de vue pourtant elle est politiquement inévitable. Elle est d’autant plus impossible que le système soviétique qui en fut la caricature démontra son absence totale d’efficacité économique. Elle est d’autant plus impossible que le système capitaliste a su développer tous les ingrédients de la servitude volontaire (voir brochure sur le marketing politique). Elle est d’autant plus impossible que l’économisme a imposé l’idée que le système fonctionne par la consommation et non par la production. C’est une des utopies les plus géniales que le capitalisme développé a su mettre en œuvre de manière la plus convaincante. Un peu comme si l’esclavage était né du besoin d’êtres humains de vivre les bienfaits de cette soumission !

Marx l’a démontré de belle manière, les capitalistes ne perdent jamais de vue sa démonstration : le système fonctionne suivant un principe simple, accroître à n’importe quel prix le taux moyen de profit. Et les désirs des consommateurs sont des années lumière de cette loi économique.

 

Tout comme l’abolition de l’esclavage a été à la fois une prise de conscience politique, sociale et économique, la décroissance de la marchandisation a besoin de remettre sur ses pieds le système économique à combattre, et les solutions politiques à lui appliquer.

Quand il a fallu abolir l’esclavage au Pérou, le système a fait venir des milliers de salariés de Chine. La mécanisation est bien sûr venue de l’idée de diminuer les charges salariales mais nulle part elle n’a devancé l’abolition de l’esclavage. Dans la France de 1960 qui s’étendait jusqu’en Algérie, la machine à laver le linge s’est développée. Des Pieds-noirs arrivant dans le pays en 1962 ont pensé qu’ils pouvaient, comme en Algérie, embaucher du personnel de maison pour faire la lessive. Très vite ils comprirent que la machine à laver était plus économique.

 

Globalement ce sont les luttes sociales et en particulier les luttes pour la liberté qui font avancer le système économique… à cause de l’impératif du profit. Même les congés payés sont une lutte pour la liberté et les forces dominantes en profitèrent pour inventer l’industrie du tourisme. Ce n’est pas le développement de l’industrie du tourisme qui incita à revendiquer les congés payés !

 

Aucune décroissance ne sera possible sans son articulation avec les luttes populaires. Et elle est vouée à servir le capitalisme si elle croit pouvoir se développer en méprisant le peuple et ses luttes pour la liberté réduites dans la pensée de quelques uns à des luttes pour la consommation.

20-08-2008 Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
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