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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:23

Dans le cadre d'une étude sur la campagne Obama je reprends ici un article publié sur La Sociale (ancienne adresse) qui nuance le présent sur la question du financement. Il s'agit de réfléchir au plus près de la réalité.
       
Obama : la startup

 

Les médias français se sont émus de la préférence qu’Obama a finalement accordé aux fonds privés sur les fonds publics pour financer sa campagne. Aucun, à ma connaissance, n’a évoqué une nouveauté : pour la première fois, l’élection présidentielle aux USA se déroule sous le contrôle d’une nouvelle loi de financement : « The bipartisan campaign reform » (BCRA).

Je ne prétends pas ici décortiquer cette loi votée par le Congrès[1] le 20 mars 2002 et signée par Bush sept jours après. Quand on se souvient qu’elle a été lancée à l’initiative de John Mac Cain, il est facile de comprendre que le candidat républicain soit aujourd’hui décontenancé par l’attitude du candidat démocrate. Que révèle cette situation ?

 

Le financement des campagnes politiques est de plus en plus soumis à des lois à travers le monde. Aux USA c’est surtout suite au Watergate, qu’en 1971, le congrès fit voter une loi de régulation des fonds. Malgré cette loi, amendée par la Cour suprême, chacun a pu observer que le poids des lobbies n’a cessé de croître, dans les campagnes électorales, et donc sur les décisions politiques. Par la loi BCRA dite « McCain Feingold » du nom de ses plus acharnés défenseurs, de nouvelles régulations furent imposées surtout pour contrer les moyens du parti démocrate. Celui-ci, contrairement à ce que le simple citoyen peut penser, était le premier à bénéficier des gros donateurs, en conséquence, ce sont les Républicains qui, sous prétexte de démocratie, ont décidé de limiter les dons des personnes à 2000 $, somme passée en 2008 à 2800 $. Deux gros donateurs sont dorénavant interdit : le syndicat AFL-CIO d’un côté (aide classique du parti démocrate) et la National Rifle Association (les défenseurs du port d’armes) de l’autre qui aidait tout le monde.

 

La grosse surprise est donc venue de l’équipe de Barack Obama qui, contrairement à toutes les traditions, a réussi à mobiliser des milliers de petits donateurs. C’est cette mobilisation qui l’a incité à refuser les 85 millions de dollars de l’Etat (pour la campagne elle-même, après les décisions des Conventions d’août) sous prétexte qu’après les 250 millions acquis pendant les primaires, il pouvait en récolter tout autant pendant la campagne fédérale. Un journaliste français pouvait donc en déduire logiquement : « Le mouvement vers un mode plus populaire de financement des candidats ne peut donc être interprété que comme un bon signe pour la démocratie américaine ». Ayant plus de sympathies pour Obama que McCain, j’ai tendance à penser la même chose sauf que l’analyse ne peut s’arrêter en cours de route.

 

En réalité, ce mode populaire de financement démontre surtout la capacité de l’équipe Obama à se servir de la nouvelle loi, contre les intérêts de ceux qui s’en firent les promoteurs ! Si du point de vue de la création de « la marque » Obama, l’homme clef s’appelle Daniel Axelrold[2] (il a inventé la campagne marketing la plus parfaite), du point de vue des finances, il s’appelle Mark Gorenberg. Son premier travail sérieux en matière de récolte de fonds pour campagne électorale, il l’effectua en 2004 dans l’orbite de John Kerry. Il échoua et comme Axelrold qui soutenait alors John Edwards, il tira les leçons de cet échec. Avec Barack Obama il comprit que pour la première fois, l’équipe de ce candidat d’un type nouveau, pouvait devenir une startup.

 

Les milliers de donateurs qui ont fait le bonheur d’Obama (par leurs dons mais aussi par leurs engagements politiques de bénévoles) montrent surtout le changement de rapport de forces au sein du capitalisme : de Général Motors nous sommes passés à Google, tout comme en France (à une échelle moindre) de François Ceyrac nous sommes passés à Laurence Parisot. L’industrie de la communication est devenue maître du monde et Obama est son enfant le plus complaisant. Pour récolter 250 millions de dollars, il a suffi d’investir 3 millions de dollars dans la pub sur internet (surtout par Google) et de créer l’outil adapté à la collecte qui pouvait s’en suivre (un peu comme pour le téléthon). A tout point de vue, la victoire d’Obama est celle d’un usage total et rationnel d’internet.

Mais pourquoi les autres candidats n’auraient-ils pas fait de même ? La réponse symbolique en la matière s’appelle la Californie. D’une part le Parti démocrate de Californie est de ceux (avec l’association pour l’usage des armes) qui s’opposa à la nouvelle loi en portant le conflit devant la Cour suprême sous prétexte que la limitation des dons personnels était une atteinte au premier amendement de la Constitution des USA. Le conflit fit rage dans la haute Cour et c’est pas 5 à 4 qu’elle décida de valider l’essentiel de la loi nouvelle. D’autre part, c’est en Californie qu’opère Mark Gorenberg mais dans la Californie de la Silicon Valley, celle des Startups négligées par le dit parti démocrate qui put se sentir conforté dans ses choix, quand Hillary Clinton gagna les primaires californiennes, mais qui le fut moins quand Obama gagna la bataille générale interne au parti.

Les autres candidats ont bien sûr utilisé internet mais pas comme machine de guerre générale pouvant entraîner des personnes jusqu’au porte-à-porte plus concret que les courriels (l’équipe Obama pensa qu’il était encore possible de mobiliser le citoyen). De même, les autres candidats ont utilisé la publicité, mais pas jusqu’à la cohérence de « la marque Obama ». A tous ceux qui pensaient que les industries de la communication étaient un levier pour arriver au pouvoir, Obama répond qu’elles sont la force qui appuie sur le levier. Le marketing est là dans toute sa splendeur. Obama n’a pas demandé aux milliers de petits donateurs s’il devait changer son fusil d’épaule en matière d’opinion sur la guerre en Irak, la peine de mort ou le financement de sa campagne électorale. Leur engagement financier ou de bénévole est celui de petits soldats désireux de chasser Bush et son double et non celui de membres actifs d’un parti politique. Obama y gagne en indépendance vis-à-vis de certains lobbies (je m’en réjouis), mais il se lie pieds et poings aux fabricants d’image (et donc à la personnalisation). En 2001 la Silicon Valley fut sinistrée après l’éclatement d’une « bulle informatique ». Depuis, une nouvelle classe de startup a fait fortune jusqu’à l’éclatement de la prochaine bulle. La domination des médias sur le monde (et donc de la sphère internet) annonce une nouvelle phase de l’histoire capitaliste et en aucun cas une avancée de la démocratie politique. Il ne s’agit pas ici de juger du projet d’Obama (sans beaucoup se différencier de celui des autres, il mérite, une fois le contexte fixé, une étude précise) mais d’une analyse partielle des conséquences imprévues de la BCRA qui en limitant les dons développa lepouvoir de Google. 20-08-2008s Jean-Paul Damaggio



[1] Voir Voting with dollars : A new paradigm for campaign finance, Bruce Ackerman et Ian Ayres,

[2] Voir une brochure à paraître aux Editions La Brochure : Le marketing politique, de Kennedy à Obama, Jean-Paul Damaggio

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