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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 11:19

Avignon 2008, La loi Dexia

 

En 2008, sur l’affiche du Festival In d’Avignon, une référence, Dexia. Juste au moment où la banque se sent mal ! Le programme propose un classique danois dans le Cloître des Carmes, Ordet (la parole). Le lieu est à placement libre en conséquence le public fait la queue assez tôt pour s’installer au mieux. La place devant le cloître résonne des voix de six femmes qui chantent de bon cœur en occitan. Une chorale qui n’a pas le plaisir de charmer le public de la queue qu’enfin on libère, pour qu’il accède aux sièges tant attendus.

Surprise, la moitié des gradins sont réservés. Les premiers qui entrent n’y voient aucun problème mais au bout d’un moment, les jeunes gardiens de la zone protégée commencent à devoir répéter : « non, ici c’est pas possible, c’est réservé ! ».

Le spectacle doit débuter dans cinq minutes et la moitié du cloître reste désespérément vide. C’est alors qu’arrive enfin une vague de chemises blanches et autres vêtements bien sapés. Une partie du public ordinaire applaudit. De dépit, l’une des personnes ironiquement félicitée, regarde sa montre et constate : « on a quatre minutes d’avance.» En fait, avant que toute cette haute société s’installe, il faudra presque trente minutes.

Cette partie du cloître avait été réservée par une entreprise sponsor qui, après avoir payé un bon repas à ses cadres, lui offrait à présent un divertissement culturel. Un échange de bons procédés entre «partenaires». Nous vous donnons des moyens financiers et vous nous rendez des places réservées.

L’inscription «Placement libre » sur les billets payés par le public «ordinaire » prenait alors un goût de liberté encadrée, géographiquement délimitée sur des gradins de théâtre. Le sponsoring habille encore plus en marchandise le « produit » présent sur la scène.

Là, tout d’un coup, quelqu’un entend et comprend enfin le mot « performance », un mot qui fait rage dans les milieux des arts plastiques (on dit aussi installation). Les expositions ont été troquées pour les « performances » un mot français mais dont le sens ici est nord-américain : comme fondation, évaluation ou discrimination. Pourquoi se plaindre ? Le français n’avait pas les mots sponsors, marketing, storytelling et a donc dû adopter de tels anglicismes (bien après parking). Par contre, quelle chance, le français avait évaluation (arrivé avec les années 80) comme il a le mot performance (arrivé avec les années 2000). S’agit-il, comme parfois chez les Québécois, de faire la guerre à des mots anglais pour mieux prendre les réalités qu’ils portent ?

 

La confusion est pire quand le mot est le même ! Entre un mécène et un sponsor on peut imaginer une différence plus ou moins grande, mais entre évaluation (prononcer évaluaïcion) et évaluation, souvent on n’y voit que du feu. La culture nord-américaine de l’évaluation, dite à présent culture du résultat, oblige parfois à se poser les bonnes questions, mais le plus souvent à se poser des questions pour se poser des questions. L’évaluation, c’est la comptabilité revue tous les six mois, ce qui ne manque pas d’intérêt sauf quand il s’agit de ne juger que de la rentabilité d’un projet, dans les limites de six mois. Si vous plantez des cerisiers et que tous les six mois vous cherchez les bénéfices, vous pourrez vérifier rapidement que le projet n’est pas rentable. L’évaluation, ce sont des toubibs qui toutes les semaines s’interrogent sur la qualité de leurs résultats. Si le manque d’évaluation, qui serait le propre de la culture française (sous le contrôle de la routine), peut devenir un problème, la religion de la dite évaluation devient parfois une prison.

Pour la performance, il s’agit souvent de faire se croiser les arts, et en soi comment ne pas être d’accord. Mais la performance changée en religion de la performance (ceux qui veulent proposer de simples expositions deviennent des ratés par avance), c’est là aussi une autre forme de prison. Les arts n’ont pas forcément à se croiser. Un spectacle de théâtre peut se faire sans danse et sans musique (la mode le veut sans décor) même si le théâtre est l’art qui par excellence se prête le mieux à la performance. Insidieusement, la performance est une façon supplémentaire de faire s’infiltrer la culture nord-américaine dans la culture européenne jusqu’au point sublime permettant d’atteindre enfin « la culture occidentale ».

Toutes les cultures sont porteuses de richesses sans égal, et je sais très bien que c’est aussi le cas de la culture nord-américaine (avec le polar, le jazz, le cinéma, les comics) mais des cultures se veulent plus puissantes que d’autres (ce fut le cas, un temps, de la culture française) et contre ça, par contre, il faut s’insurger.

 

Ai-je quitté Avignon et Dexia ? Ordet est apparu comme un spectacle bien dans le ton général du retour au religieux et ses différentes variantes. Là comme ailleurs, la présence du sponsor n’y est pour rien. Simplement, l’art se doit d’assumer son époque (le festival Off a lui aussi ses multiples sponsors) et le spectateur, comme l’automobiliste qui circule sur les routes et croise des milliers de panneaux publicitaires, ne peut rester chez lui sous prétexte d’envahissement publicitaire. Il appartient à chacun de choisir malgré tout, et d’organiser la lutte contre le système.

15 juillet 2008. Jean-Paul Damaggio

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