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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 14:16

Le fennec achève son voyage du sud au nord de la Tunisie au moment où le pays enregistre des luttes sociales importantes. Des luttes à l'occidentale ?
La lute des classes, un concept affreusement occidental ? Le petit fennec n'en sait rien mais il voyage. J-P Damaggio

Bizerte

 

 

Un peu comme à Monastir, il a fallu se glisser sous le train en fin de journée, avant que la nuit ne tombe, mais finalement nous y avons réussi. En route, avec mon ami le Chat nous nous faisions cette réflexion :

« Le monde des animaux ne se divise pas en animaux sauvages et animaux domestiques. Seule la vie décide et permet de vérifier ce qui est digeste et ce qui est indigeste. Le bruit « Occident-Orient » est des plus indigeste à toutes nos oreilles et il est bon de le savoir ! »

En arrivant dans la ville, après un voyage de deux heures (qui nous laissa le temps de bien d’autres réflexions oubliées depuis), nous avons été dirigés vers les lieux sportifs, sans perdre de vue notre mission : le sport est-ce l’Occident ou l’Orient ?

Le ping-pong par exemple serait-il le sport de l’Orient extrême, en guerre contre le football classé comme sport de l’Occident ? Or le football en question n’a aucune existence sociale chez les rois de l’Ordre, les USA ? Le football dit « football américain » n’a, à l’inverse, aucune existence sociale hors des USA !

Quant au ping-pong, il est tout aussi anglais que le tennis, et si les Chinois sont passés maître dans cet art, jusqu’à nous faire croire qu’ils l’ont inventé, ne nous laissons pas berner : le sport n’est pas pour rien un mot anglais, il conditionne TOUTE la religion des stades de la « modernité ».

Et dans les stades tunisiens, la violence gagne du terrain de jour en jour sans que personne ne sache si elle est liée à l’origine occidentale du football ou à la violence propre aux orientaux. En guise de sanction, trois rencontres se jouèrent à huit clos, sans spectateurs !

A y regarder de près, on constate que les violences prennent une tournure grave en fin de saison quand les enjeux deviennent énormes et les enjeux ce sont, en Tunisie aussi, les enjeux financiers. Qui pourra se payer un entraîneur français ? La colonisation est achevée, si bien qu’il faut à présent… acheter le service de Français !

En passant à la belle Maison des Jeunes de Bizerte, nous avons constaté que les jeunes ne veulent plus pratiquer qu’un sport, le football, celui qui hante les écrans de télé où on dicte le comportement à avoir. Est-ce donc la télé qui suscite la violence en plus des enjeux financiers ? D’où vient la télé d’Occident ou d’Orient avons-nous demandé autour de nous ? On nous a dit : pour l’Occident c’est CNN et pour l’Orient c’est Al Jazira (qui signifie l’Île), les deux chaînes ayant en commun de s’appuyer sur d’immenses fortunes. Nous sommes de plus en plus sceptiques quant à ce face à face qu’on nous rabâche entre Occident et Orient. Mais l’heure est arrivée de passer chez le loueur de voiture classique (nous ne dirons pas la marque internationale) pour que cette fable soit basée sur des fax.

 

« Mes chers amis,

J’ai du mal à imaginer le temple alimentaire que vous avez visité à Tunis. Vous en avez appris et m’en avez appris sur ce bruit Occident-Orient ! Ce bruit ressemble à un très beau papier, qui recouvre le cadeau qu’est la réalité concrète, ce qui n’est pas son moindre défaut. En effet, tout le problème vient du débat qui nous est alors imposé, et qui concerne uniquement les caractéristiques du papier : sa couleur, ses motifs, sa texture, son épais-seur, son origine etc.

On oublie le réel et vous l’oubliez un peu quand vous perdez de vue la différence entre les animaux sauvages et les animaux domestiques. Les animaux témoignent au contraire des deux formes d’alimentation : celle de l’ascète et celle de l’obèse. Si on compare les animaux des déserts et des pays arides, tels que la gazelle, l’autruche, l’antilope, la girafe, l’onagre, le buffle, aux espèces correspondantes qui vivent dans les régions des collines, des plaines cultivées et des riches pays, il y a entre eux une grande différence quant au lustre de leurs robes, à la beauté et à l’harmonie de leurs formes, aux proportions de leurs membres, à l’acuité de leurs perceptions. La gazelle s’apparente à la chèvre, la girafe au chameau, l’onagre et le buffle s’apparentent à l’âne et au bœuf. Quelle différence entre les premiers et les seconds ! Cela est dû uniquement à l’abondante nourriture dans les collines, ce qui engendre dans le corps des animaux domestiques des matières superflues et des humeurs corrompues dont les effets ne manquent pas d’apparaître sur eux. Au contraire, la faim donne aux animaux du désert des formes et un aspect extérieur bien plus beaux.

Les mêmes remarques s’appliquent aux hommes. Les corrompus portent sur eux leur corruption. Mais n’en déduisez pas que j’appelle de mes vœux la faim sur toute la planète car on peut mourir de faim. Simplement le fait que chaque homme peut produire plus qu’il ne consomme, ce qui pose comme on l’a vu la question de l’accaparement, ce fait, donc, entraîne un décalage aux multiples conséquences, dans les habitudes alimentaires. Ce décalage est plus importantes que le faux choc entre Occident et Orient. Les Opulents d’Orient valent pas mieux que ceux d’Occident.

A la prochaine, sur les routes et dans les soutes de la connaissance. Ibn Khaldoun ».

 

Même si je n’ai pas manqué de souris et autres rongeurs depuis mon départ de Sfax, j’ai du mal à glorifier l’abstinence. Avec les mille et une nuits, certains voudraient que le plaisir soit dominant en Orient (le mythe du harem) quand le refus du plaisir dominerait en Occident (le travail s’y faisant fortement à la sueur du front). Qui jour cette fausse opposition ?

Pour en rester à l’alimentation, il est temps de s’interroger sur la nourriture car, voyager ça creuse l’estomac. Et là aussi on a de fausses oppositions : l’oignon serait-il d’Orient face à la tomate venue d’Occident. Deux éléments clefs de tant de salades merveilleuses. Vive la salade ? Surtout celle où on peut mettre du fenouil cru qui garde tout son goût anisé ? C’est vraiment la saison du fenouil mais je n’en parle que par ouï dire, vu mon régime alimentaire.

 

Bizerte nous apprend le futur sur un point étrange que nous avons dû étudier de près : les fonds souverains. Si les travaux sur la plage de Sfax sont en cours, ici à Bizerte le grand projet de marina est encore dans les cartons (Cap 3000 quand, à Monastir, elle s’appelle Cap Monastir). Le maître d’œuvre ne sera pas une compagnie belge au nom comique mais « les fonds souverains » venus d’Indonésie. Parmi les changements majeurs que le monde connaît, il y a la naissance des fonds souverains qui sont des sources financières échappant aux banques nord-américaines pour se constituer en fonds d’Etat en Chine, Brésil, Inde, Emirats Arabes Unis ou Indonésie. Sauf le Brésil, les fonds souverains sont surtout orientaux et les fonds financiers occidentaux avec le FMI et la Banque mondiale. Y aurait-il enfin une réalité dans le conflit Occident/Orient qui, moins que religieux, serait économique à cause de l’implantation des matières premières (avec le pétrole à bas prix pour l’extraction comme pilier) en Orient ? L’énorme richesse gagnée sur les marchés était autrefois gérée par les banques nord-américaines qui prenaient une bonne part des bénéfices. Les fonds souverains pourraient créer un capitalisme d’Etat en Chine, en Russie et ailleurs, qui s’opposerait au capitalisme sans Etat des multinationales. La Tunisie pourrait devenir un pays emblématique du phénomène puisque tout passe par l’Etat et son président. La construction de la marina de Bizerte deviendrait alors, si elle est réussie, la preuve concrète d’une décadence manifeste de l’Occident ! Personne n’ose y croire et surtout pas ceux qui ne regardent à la télé que les chaînes françaises.

 

Il est temps que nous disions d’où nous parlons, le Chat et moi. En regagnant la nature au nord de Bizerte, pour aller jusqu’au point de vue de Nadhour, nous allons ainsi conclure ce voyage en pleine lumière. Je ne cache pas le plaisir que j’éprouve à retrouver la nature après tant de péripéties à travers le monde urbain.

Je me dis à présent :

-         Laissons le bruit de l’Ordre, vivre sa vie.

-         Laissons les bruits du désordre qui ne peuvent plus se faire entendre.

-         Seul le silence est devenu révolutionnaire.

-         Seul le silence peut dépasser la complicité que l’Ordre et le désordre s’imposent à eux-mêmes.

-         Le silence est une distance et non un désenga-gement.

Les fennecs ne vivent pas dans le désert par amour de la solitude ni par amour du silence, deux réalités à bien différencier. Nous ne sommes pas repliés dans nos propres monastères. Il existe deux silences : celui de l’homme qui, pour ne pas se faire remarquer (être bien avec l’Ordre), peut dénoncer son voisin, et celui de l’homme qui ne doit pas se faire remarquer (étant mal vu par l’Ordre) car il refuserait de dénoncer son voisin. Dans la Tunisie d’aujourd’hui j’appartiens à la deuxième catégorie.

Au sommet de notre point de vue, nous parlons librement avec le Chat car nous sommes loin des contrôles. Notre président revient du sommet des pays arabes mais il pourrait tout autant revenir d’un sommet de l’Internationale socialiste. Comme tout ce que nous avons croisé, est-il à la fois d’Occident et d’Orient ?

 

Ce château de cartes nommé Occident-Orient, construit sur du sable, nous le laissons vivre sa propre vie en pensant qu’il s’écroulera de lui-même, sans que les galeries que nous creusons y soient pour quelque chose. Nous sommes dans le désert tout en respectant la vie domestique du chat qui n’est pas davantage dans sa nouvelle nature. Il n’y a plus de nature.

Ce constat, en cette fin de voyage, a pris le nom de philosophie dans la bouche d’un jeune en quête de Platon et pourtant pleinement tunisien. La Presse nous a d’ailleurs informé sur les bienfaits de la philo : « A l’heure où l’effondrement des idéologies a gommé nos références, nous laissant seuls face au sacré, la philosophie – qui ne connaît pas de sauveur suprême – offre un moyen précieux, sinon de donner du sens à notre monde, du moins de poser correctement les grandes interrogations de tout un chacun ». Voilà une phrase qui pourrait se trouver sur beaucoup de journaux dans le monde ! Lisons la suite : « Un frémissement existe en faveur de la plus ancienne méthode de questionnement qu’ait inventée la civilisation occidentale. Au café, à la télé, la mode de la discussion philosophique fait florès. On aime se souvenir qu’il y a vingt-six siècles, l’émergence de la raison a changé le mode d’explication de l’univers ». Pourquoi « civilisation occidentale » ? Parce que les philosophes grecs sont au cœur de la philosophie nord-américaine ? Or la pensée grecque est bien plus, au cœur du Coran, comme le démontre le Tunisien Youssef Sedik et d’autres ! « La dimension hellénique est manifeste non seulement dans le lexique coranique, mais aussi dans les métaphores, la transmutation opérée sur les récits d’apparence biblique ou midrashique, ainsi que dans références juridiques ou économiques »(2).

 

Le philosophe a lu ce récit, qu’il rapproche plutôt des Essais de Montaigne, un des pionniers de cette philosophie dite de la Renaissance qui ne sert qu’à oublier les fondateurs de la philosophie, les Grecs. Le Chat pourra-t-il me lire un jour des passages du récit de Montaigne racontant son voyage en Italie ?

 

Au cours de ce périple de Sfax à Bizerte, j’ai seulement appris à lire les panneaux publicitaires qui sont d’immenses totems éclairés la nuit. Puis-je, cher Ibn Khaldoun, te poser une ultime question ? Les dictatures sont obligées d’inventer un langage spécifique pour masquer le réel. Les panneaux publicitaires inventent-ils un langage pour masquer un autre réel tout aussi insupportable ? Sauf que le panneau publicitaire devient ridicule quand il annonce : « Ben Ali, le seul choix ». La publicité se couple avec la « démocratie » pour la pervertir, mais pas avec l’autocratie qui se suffit à elle-même. La publicité intervient dans le monde de la concurrence or quand il n’y a plus de concurrence à quoi sert-elle ? La publicité veut laisser croire que le consommateur décide de sa vie, or dans l’autocratie, le président rappelle tous les jours qu’il est le mieux placé pour décider de nos vies. La marina de Bizerte se fera en conformité avec la vision que le président a de son pays, et les « fonds souverains » auront à se plier à cette volonté.

 

L’Orient est devenu une variante de l’Occident qui est lui-même une variante de nos imaginaires. Pour mon prochain voyage, je reprendrai mon propre imaginaire là où je l’ai délaissé : faute de pouvoir être bruyants, nos rêves peuvent-ils êtr

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