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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 09:56

Troisième et avant dernière étape du Fennec
 

Pour prendre le train direct jusqu’à Tunis quand on est à Monastir, c’est pas compliqué, il n’y a qu’un seul choix, départ à dix-huit heures et pour un chat et un fennec, ce n’est pas un horaire facile quand on veut se faufiler sous les wagons. Par chance, une forte pluie et un arrêt du train assez loin de la gare a pu nous faciliter la tâche. L’arrivée à Tunis à neuf heures du soir nous a permis de rejoindre sans encombres les bas-fonds de la ville.

 En mentionnant autour de nous, aux chats de la capitale, les mots Occident et Orient (j’ai noté leur faible culture qui m’a déçu), l’un d’eux nous incita à voir, le lendemain même, un spectacle musical qui devait mélanger les deux faces du monde. Il était dit que nous aurions de la chance !

Un musicien Nabil Khemir, a inventé un instrument électrique couplant le oud et la guitare. Esthétiquement, le résultat est plutôt beau sur les affiches devant la Maison de la Culture, rue de Paris. La musique produite pouvait-elle être convaincante sous le titre : concert de jazz parfums d’Occident et d’Orient ?

Malheur, dès les premières notes, on a eu la preuve des dégâts que pouvaient provoquer le « bruit » sur Orient et Occident ! Les musiciens, trois à la percussion, un à la guitare basse et celui doté du double instrument ne pouvaient créer une ambiance. Dans le même morceau le jeu avec le oud succédait au jeu avec la guitare mais aucune virtuosité ne suffit pour créer un univers. Parce qu’il faudrait conserver d’un côté la musique orientale et de l’autre la musique occidentale ? La musique orientale serait le maalouf et celle d’Occident, le jazz ? Qui peut croire une telle ânerie, ceci dit avec tout le respect que je dois aux ânes ? La musique, langage international par excellence, peut permettre tous les mélanges si bien qu’aujourd’hui on appelle jazz presque tout et son contraire, et je l’écris en simple auditeur de multiples cassettes. Le festival de jazz de Carthage va rassembler Gilberto Gil, Philip Catherine, Vaya con dios et Murray Head pour conclure ! Même si tout est jazz (mais l’heure est au slam chez les jeunes décibels), les admirateurs du maalouf aiment différencier la version marocaine, de la version tunisienne, et ils ne s’aventureraient pas à dire qu’il s’agit seulement de musique orientale.

 Dans le spectacle de Nebil Khemir , le métissage touchait aussi les percussionnistes entre la batterie classique et les percussions locales. Peut-être que, sous le charme du rythme, le mélange était plus facile que pour la mélodie du guitariste joueur du oud, mais, le fait est, ce spectacle était de nulle part.

Le bruit sur « Occident-Orient » vise d’ailleurs la création d’ESPACES qui sont par excellence le lieu de nulle part. Dans un autre coin de Tunis, sur une place au bord de la médina, mon ami le Chat me montra le ridicule d’une enseigne désignant une librairie : « Espace de savoir ». Cette place avait été le cœur battant de Tunis mais une « modernisation » des années 60, au moment de l’indépendance, en détruisit l’âme. On y retrouve les mêmes bâtiments que dans la moderne Monastir et je ne parle pas de la Monastir des années 90 et 2000 vouée au tourisme autour de l’immense aéroport mais de celle de la médina.

Cette place de Tunis possédait autrefois la plus vieille poste d’Afrique, qui est devenue aujourd’hui un modeste bâtiment, où l’inscription Western Union cache la raison d’être du lieu, l’envoi de courrier. La rue est celle des robes de mariées à la gloire, par contre, de la tradition. Mais la modernité saute aux yeux avec l’autre inscription : Cyber Café. Rien à voir avec les cafés à narguilé de l’Espérance Sportive ou de la Perle bleue.

Juste à côté de la place, on trouve une plaque ancienne que j’ai déchiffrée : « Habib Bourguiba avocat ». Oui, c’est là qu’a travaillé l’homme fameux de la Tunisie qui poussa le pays vers la « modernisation », sous la pression de conseillers français, mais aussi en lien avec l’évolution du monde. Pourquoi nous faut-il le croiser tout le temps ?

Sur la place, la fontaine est au repos à côté du vendeur de Sandwich Flamengo et de photocopies. Est-ce que l’Occident et l’Orient se croisent ici en toute harmonie ?

En entrant dans l’agence bancaire de la STB, en y trouvant deux portraits du président, j’ai compris que nous sommes en Autocratie. Les caricaturistes peuvent seuls briser le discours ambiant. L’un d’eux a mis en dessins une histoire où un gamin explique qu’à l’école il a tout copié, au mot près, sur son voisin, le fils du maire, ce qui s’est traduit par deux notes différentes : il a eu 5 et le fils du maire 15 !

 La Tunisie a deux points communs avec l’Equateur : leur petite taille et leur manque de liens avec l’Occident ou l’Orient. La Tunisie est là avec toute son histoire peu berbère mais à la fois arabe, turque, romaine, française, italienne, tandis que l’Equateur (j’ai des cousins là-bas qui m’informent par le téléphone arabe) est là avec toute son histoire indigène, espagnole, nord-américaine et peu portugaise. Voilà, c’est tout ça que j’aime, et le bruit qui voudrait me faire départager le Quito « moderne » aux banques luxueuses, du Quito ancien, ne me fera pas départager la médina de Tunis, où bien sûr nous avons fait un détour par la maison d’Ibn Khaldoun, des « Rives du Lac », le dernier chic à la mode après le déclassement de la touristique Goulette laissée à l’abandon. Il était temps, sur cette même place d’entrer de nuit chez un autre loueur de voitures, car un autre fax nous y attendait.

« Mes amis, Vous observez, vous observez et je sens que je vous comprends. Simplement sur cette question de la civilisation, quelle en est la signification ? Dieu a créé l’homme et l’a doté d’une forme telle qu’il ne peut vivre et subsister que grâce à la nourriture. Il l’a guidé vers la recherche de celle-ci par une impulsion naturelle et par la capacité qu’Il a mise en lui de se la procurer. Mais la force d’un seul homme ne suffit pas à ses besoins en nourriture et ne peut lui assurer une survie matérielle. Un  homme doit donc unir sa force à celles, nombreuses, d’autres hommes, afin que ses besoins en nourriture, ainsi que les leurs, puissent être satisfaits. Grâce à leur coopération, ils produiront au-delà de leurs besoins propres.(1) Et cette observation était vraie en 1408 comme en 2008. Peut-être, de mon temps, avais-je négligé que ce surplus produit pourrait être accaparé par quelques-uns ? Voilà pourquoi je m’adresse à présent à des animaux pour capter les nouveautés du monde. L’homme se distingue des animaux par les sciences et les arts, produits de la pensée. Mais quand la pensée tue la pensée, il nous reste à devenir animaux ! Suivez votre route. Ibn Khaldoun ».

 Le Chat eut du mal à tout déchiffrer mais, grand connaisseur de la loi du désert, j’ai compris avant qu’il ne termine sa lecture. Mon père appelle cette pensée « le primat de l’économique ». L’accès à la nourriture est-il différent en Orient et en Occident ?

 En lisant La Presse le Chat a découvert de la publicité pour un magasin qui faisait des ventes de produits divers, en nombre limité. S’offrir une pleine page d’un journal n’étant pas ordinaire, nous décidâmes d’aller voir pour comprendre comment on s’alimentait à présent en Occident. Il nous a fallu atteindre les « Rives du Lac » et même un peu au-delà, presque à La Marsa. Un panneau nous alerta, où nous avons lu Carrefour ! Devant le magasin des dizaines de voitures et une entrée très surveillée qui interdisait toute présence d’un chat et d’un fennec. Mais partout, il y a des entrées de service, des trous dans les sous-sol et nous avons attendu la nuit pour les emprunter. En entrant, quel spectacle ! Moi, le roi de la propreté, j’étais battu ! Un palais aux mille rayons ! Il suffisait de se servir ! A un moment, une zone nous sembla plus protégée avec une grille en fer. Cette partie du magasin est fermée le vendredi ! Encore une fois, je remercie le Chat qui interpréta aussitôt l’indication : il s’agissait de la vente de vin, interdite le vendredi pour raison religieuse. Un jour prochain, l’inter-diction sera peut-être totale !

Voilà donc le fameux temple de la consom-mation ! L’homme qui veut se nourrir n’achète pas à un homme qui vend mais à des étagères et il paie à une caissière qui ne sait pas ce qu’elle vend ! Qui garde les bénéfices ? Le plus idiot des fennecs sait que celui qui vend le fait pour des bénéfices qui lui permettront d’être acheteurs, auprès d’un autre vendeur en quête de bénéfi-ces. Dans Carrefour une seule caisse finale, avec des employés qui ne savent rien des bénéfices. Une caisse finale qui remplace cent, cinq cent, mille marchands de nos marchés traditionnels. Pour venir acheter au Carrefour, il vaut mieux avoir une voiture, donc il s’agit d’un magasin pour gens plutôt aisés. Mais si les riches achètent seulement chez les riches comment les pauvres feront-ils, chez leur vendeur pauvre ? Inutile de vous dire que dans quelques rayons nous nous sommes servis, mais une rare souris de passage (que nous avons délaissé pour les produits manufacturés) nous informa que nous risquions notre vie et que sous peu une sonnerie allait retentir pour alerter les services de surveillance ! Oui, c’est vrai, tous les palais du monde sont férocement gardés, et ici, si nous avions pu détromper un moment les gardes, il était plus sage de partir assez vite se cacher au bord du lac tout proche.

 Stupéfait par nos découvertes, nous avons pris le tramway qui était assez proche et qui nous ramena à Tunis par la Goulette, puis un autre engin, Place de Barcelone, afin d’y réfléchir au départ vers notre ultime destination. Nous avons raté l’hommage cinéma à Agnès Varda. Pour rester Tunisiens, deux mots de ce cinéaste qui s’appelle Mohamed Dammak (né à Sfax en 1952 dans une famille modeste) présent en France en 1968, qui est rentré au pays en 1978 où il s’est plongé dans la folie cinéma. Il a travaillé dans la publicité quand le secteur publicitaire a vu le jour en Tunisie. Réaliser des spots c’était comme un exercice de style. Mais il trouve qu’aujourd’hui la publicité est tombée dans la conformité à cause de la mondialisation qui atteint l’art et tue les identités. J-P. D.

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