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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 15:20

Extraits de Laïcité sans œillères Marie-France Durand, Jean-Paul Damaggio, une brochure de 5 euros qui montre que la laïcité n'est pas une exception française.

 

Nouveau statut religieux dans le capitalisme féodal


En continuité avec le chapitre précédent voyons d'autres interventions de l'Eglise. En juillet 2005, au Panama, une grève générale dure trois semaines pour la défense du système de retraite (passage de 57 à 62 ans pour les femmes et de 62 à 65 pour les hommes). Le président de « gauche » essaie tout pour casser la lutte. En dernier recours il fait appel à la médiation de l'Eglise. Au Nicaragua voisin, une lutte des travailleurs des transports « bénéficie » de la médiation de l'archevêque Obando y Bravo. En Bolivie, après un mois d'insurrection populaire en 2005 pour demander la nationalisation du gaz, l'Eglise assure la médiation : le président démissionnaire est remplacé par l'homme que propose l'Eglise, en dépit de la Constitution. Avec la victoire d'Evo Morales, l'Eglise et ses médias maintiennent la pression. Ils obtiennent la démission du ministre de l'éducation en janvier 2007.

Rien de nouveau : l'Eglise est un pivot du pouvoir dans toute cette Amérique. Et l'Eglise y prend des formes de plus en plus extrémistes avec une présence officielle de l'Opus Dei. L'armée souhaitant rester dans les casernes, l'Eglise occupe d'autant plus ce vide du pouvoir classique.

En France, au contraire, dans un élan de bonté, l'Eglise serait décidée à respecter la laïcité ? Sous prétexte d'absence de fidèles dans les églises, nous aurions enfin la situation idéale de coexistence pacifique entre le Politique et les Eglises, la sécularisation ? Alors, comment expliquer que, plus la pratique religieuse recule, plus la mort du pape devient médiatique (avec les drapeaux en berne mis même sur les établissements de La Poste pourtant en voie de privatisation) ? Les Eglises perdant du pouvoir sur les croyants veulent se rattraper dans les cercles des pouvoirs où elles sont très courtisées. Notre système néo-libéral détruisant la solidarité a besoin de faire appel à la charité. Notons que les partis politiques ou les syndicats sont dans un cas similaire : plus ils perdent d'appuis chez les citoyens, plus l'Etat leur assure un financement (avec des aides européennes de plus en plus décisives). Les cercles du pouvoir ont donc besoin des Eglises en France comme ailleurs. Les écoles catholiques n'ont rien de catholique mais sont sous la coupe des Eglises. Faute d'une étude de l'articulation entre l'évolution du néo-libéralisme et le repositionnement des Eglises (voir le discours très anti-libéral chez Jean-Paul II et beaucoup moins à présent) on rate le sens de la révolution du capitalisme actuel, prônant un retour au féodalisme. C'est ici que nous retrouvons les thèses de Bernard Teper qu'il a défendues dans des réunions jusque dans notre Sud-Ouest, à Condom ou Montauban.

L'islam se trouve dans un cas très différent par sa contribution à la lutte contre le colonialisme (contribution due au fait que les pouvoirs faisaient des mosquées les seuls lieux disponibles pour lutter). Suite à la révolte iranienne, tout un courant veut situer politiquement à gauche, les révoltes liées à l'Islam. Or quel est le résultat ? Y compris en Iran, la misère augmente comme partout, et la morale sociale (thème cher aux religieux) régresse malgré des répressions féroces. Pour Alain Gresh, il suffit de laisser à cette religion le temps de se séculariser comme la religion catholique et tout se normalisera. Cette normalisation est tellement en marche que des penseurs originaux peuvent évoquer longuement le « terrorisme » sans référence aux « fous de dieu » qui deviennent un fait secondaire par rapport à ce qu'ils appellent les « avantages » collatéraux du terrorisme (une fois encore, les mêmes placent au second plan les auteurs de régressions sans nom !). Ces avantages, que le terrorisme offre au système en place, démontrent qu'il en est l'enfant gâté. Les poseurs de bombes furent palestiniens, basques, italiens ; ils étaient donc nationalistes, anarchistes ou révolutionnaires. Le cas des « fous de dieu » n'a rien à voir avec la génération précédente, or beaucoup de membres des courants les plus à gauche en France ou ailleurs ont du mal à se pencher sur cette spécificité[1]. Par exemple, sur un site espagnol, Rebelion[2], un politologue explique que les Vietnamiens n'eurent jamais l'idée de porter la guerre aux USA, et il regrette que « les anti-impérialistes musulmans » n'aient pas compris que leur terrorisme est contre-productif. Cet éminent penseur n'a pas compris que le terrorisme islamique n'a aucun souci anti-impérialiste sauf à réduire l'anti-impérialisme à de l'anti-américanisme.

L'Angleterre est, à la fois, le pays champion en capitalisme et le pays le plus compréhensif vis-à-vis des fous de dieu, au nom de la liberté d'expression ! Comment comprendre ?

1 ) En dénonçant tout d'abord l'image anti-impérialiste offerte aux poseurs de bombes. Un opposant aux USA n'entre pas aussitôt dans le camp anti-impérialiste. Les fous de dieu servent un nouveau type d'impérialisme politico-religieux d'où, l'opposition, doublée de connivence, entre les USA et eux. Opposition car dans le partage du monde aucun ne veut laisser de place à l'autre. Connivence car l'objectif est le même : assujettir les hommes et les femmes.

2 ) En dénonçant ensuite l'idée que les poseurs de bombes exprimeraient un cri de désespoir d'hommes au bout du rouleau ! Or tout démontre le contraire : les poseurs de bombes sont les instruments d'organisations financièrement très puissantes (la clandestinité coûte à présent un argent fou), usant d'une horlogerie savante pour déployer leur action (juste avant des élections en Espagne, au moment du G8 à Londres ...), et les kamikazes n'ont rien du lumpen-prolétariat.

3 ) En expliquant que la lutte contre Bush et Ben Laden est de nature complémentaire, ce qui n'est pas une posture facile mais pourtant la seule digne d'un nouvel humanisme. Que Bush fasse du combat contre le terrorisme son cheval de bataille, n'impose à aucun adversaire des USA, une indulgence envers les fous de dieu.

4 ) Oui les fous de dieu apportent quelques avantages à l'impérialisme, donc pointons du doigt l'essentiel, qui va au-delà du tout répressif que le système veut nous imposer. Les deux impérialismes veulent susciter un nouveau Moyen-Age leur permettant de renouveler leur forme de domination sur les hommes, donc l'ordre premier qu'ils se donnent, c'est abattre l'Etat. Les uns prônent la mondialisation de l'argent et les autres la mondialisation de la religion. D'où, pour tous les mouvements sociaux, le côté insaisissable des « patrons », et, pour les laïques le côté insaisissable des « terroristes ». L'Etat fut pendant longtemps tiraillé entre deux attitudes (assurer la valorisation mais aussi la reproduction du capital). Aujourd'hui il est sous le feu de deux adversaires. Le plus puissant, c'est le néo-libéralisme qui veut se développer sans en payer les « frais » à l'Etat. Le contrôle social indispensable à la reproduction du capital passe par d'autres gestionnaires des conflits comme les ONG, les Eglises. Le moins puissant, c'est le néo-conservatisme qui se manifeste par des soutiens à des Eglises, ou aux extrêmes droites.

5 ) En conséquence, évacuer de la réflexion, le pouvoir des Eglises capable de fabriquer des kamikazes est aussi dangereux que de laisser croire que les ONG sont au service des citoyens. Les rapports sociaux du Moyen-Age furent traversés par la construction de châteaux à des fins de « sécurité » ; en face, l'Etat a travaillé pour remettre les féodaux (et leurs services sociaux) à une place plus modeste, créant ainsi les conditions de nouveaux rapports entre les hommes. L'Etat n'a rien d'éternel sauf qu'on découvre aujourd'hui qu'il ne tombe pas sous les coups des divers anarchismes mais sous les coups des classes dominantes.

Au moins trois modèles mériteraient une analyse suivie : l'Iran, Haïti et l'Algérie que nous allons évoquer de manière schématique.

Dans la théocratie iranienne, l'élection présidentielle aurait vu la victoire d'un conservateur sur un réformateur ? Or, les deux hommes sont du même monde : celui qui profite des richesses nationales pendant que le peuple plonge toujours plus dans la misère. Ils usent d'habits différents afin d'imposer toujours mieux leur système à vocation impérialiste. En 1979, l'islamisme devait moraliser la société, aider les pauvres, créer une autre forme de démocratie. Vingt-cinq ans après, le système apparaît plus solide que le système communiste à son heure de gloire, avec une montée dans l'usage des drogues, une inquisition phénoménale et une pauvreté générale en ce pays grand producteur de pétrole ! Le pouvoir y est entre les mains de « fondations » qui échappent à l'Etat et qui règlent toutes les questions de société. Les pouvoirs d'Etat, malgré leurs limites, tentèrent de proposer des lois pour contrôler cette mafia mais, avant même l'ébauche de telles lois, le guide suprême (le pouvoir religieux) annonçait qu'il opposerait son veto ! Nous avons eu le plaisir de débattre à Montauban avec Chahla Chafiq qui avec son livre, « Le nouvel homme islamiste » apporte un éclairage précieux.

Haïti est devenu un pays sans Etat, un modèle du genre aux portes des USA. Un prêtre catholique aura tenté de gouverner ce pays. Bien qu'il soit très petit, la force militaire de l'ONU (en fait des Brésiliens à la solde des USA) y est incapable d'assurer la moindre vie digne d'une société humaine. Haïti ne cessera de payer le fait d'avoir été le premier pays du monde à se libérer de l'esclavage.

Algérie : alors que les fous de dieu sont présents dans tous les pays musulmans, pour l'Algérie, on nous dit qu'ils seraient seulement les marionnettes de l'armée et qu'ils n'existeraient que par les «avantages collatéraux » qu'ils fournissent au système étatique algérien pour maintenir sa domination. Or qui a gagné en Algérie ? L'armée ? L'Etat ? Les islamistes ? Les USA bien sûr. Ils ont soutenu le FIS (Front Islamique du Salut) jusqu'à un certain jour de septembre 2001, puis ils ont changé leur fusil d'épaule (c'est le cas de le dire) quand ils ont compris deux choses : que le président Bouteflika déroulerait le tapis rouge aux islamistes sans bombes, au moment même où les USA déroulerait le tapis rouge à l'armée algérienne soucieuse d'entrer dans l'OTAN. Pour ce faire, une condition est indispensable : laisser le pouvoir entre les mains des « civils ». Que le colonialisme français ait une nouvelle fois perdu la guerre d'Algérie, au bénéfice de l'impérialisme US, c'est une chose, mais en oublier les droits des femmes et des tas de droits sociaux, acquis de l'histoire, c'est triste.

En conclusion, les raisons qui font exister le terrorisme sont incompréhensibles en dehors du rôle attribué à présent, par les classes dominantes, aux Eglises. Si, en effet, le traitement policier du terrorisme ne peut que le raviver (il est fait pour ça !), sont traitement « social » (aider les pauvres des cités) ne changerait rien à l'affaire dans la mesure où le « mouvement social » s'est rendu incapable d'apporter des perspectives globales.

Pourquoi les USA ou Israël ont-ils soutenu des partis religieux musulmans ? (le FIS en Algérie et le Hamas en Palestine). Une démocratie peut-elle tolérer la présence de partis religieux ? Nos démocraties malades peuvent tomber sous les coups les plus divers. Leur renouveau suppose la remise en chantier de valeurs détournées. Pas seulement la laïcité, mais aussi le droit de vote, le droit d'information, le droit de réunion, et le droit au travail.

 



[1] Des gens de gauche s'enthousiasment pour « des fous de dieu » comme les Cathares car ils furent des hérétiques. Ils alimentent ainsi une confusion cathares / albigeois comme d'autres aiment la confusion staliniens / communistes.

[2] Ce site internet pluraliste basé au Venezuela alimente la même confusion.

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