Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 13:26

Beaucoup d’historiens ont fait ce constat : l’élection municipale de 1790 n’a pas fondamentalement changé le personnel politique du pays et en conséquence ce n’est pas là qu’il faut chercher la révolution.

L’historien anglais Edmund Burke qui en 1790 a publié le pamphlet antirévolutionnaire le plus conséquent, le plus génial vit les choses bien autrement (1). Cet homme qui fut un défenseur de la révolution de 1776 aux USA et de la révolution de 1688 en Angleterre découvre l’horreur dans l’action de l’Assemblée nationale de 1789 et une des preuves concrètes, c’est l’invention territoriale.

Face au découpage en provinces, en parlements, en sénéchaussées, en  généralités et j’en passe, la révolution veut en effet imposer une clarté nouvelle et radicale, un ordre contre le désordre. Et Burke réduit le découpage à trois règles mathématiques : l’une géométrique (le territoire), l’autre arithmétique (la population) et la troisième financière (l’impôt).

Pour le dire autrement, justement dans le domaine des unités de mesure, d’un côté le système de mesure anglais et son labyrinthe, et de l’autre le système métrique de la Révolution et sa simplicité (qui viendra après l'invention municipale).

Pour Burke, se placer du côté des hommes, c’était en conserver les "inconvénients" nés de l’histoire et qui les faisaient hommes. Il constate d’ailleurs que les arpenteurs ne pouvaient cependant pas appliquer leur machine égalitaire : « Ce grand principe métaphysique de l’égalité, auquel tout devait céder – la loi, la coutume, la sagesse politique et la raison – voici qu’ils le font céder à leur bon plaisir. Il faut ménager entre l’électeur et son député, bien des gradations bien des écrans. » Et en effet pour l’invention municipale, l’électeur est soumis à la règle de l’impôt ! Donc les professions d’égalité n’étaient que pure forme ?

Or l’explication était clairement politique : pour élire les députés aux Etats Généraux c’était le suffrage universel par ORDRE et sans les domestiques. Si en 1790 la barrière de l’impôt est imposée c’est parce que les plus pauvres étaient sous la coupe de la classe dominante la plus riche (d’où l’exclusion des domestiques du vote aux Etats Généraux).

 Une institution politique

Pour comprendre ce qui se passe, il suffit de regarder les cahiers de délibérations des municipalités. Pas plutôt l’élection réalisée, tous les maires sont confrontés à une action unique en son genre : faire l’inventaire des biens du clergé pour préparer leur nationalisation ! Et en fait, si Burke se moque d’une institution découpée au couteau c’est parce qu’il crie à « l’athéisme » de la révolution ! Le problème de la dette de la France aurait pu être solutionné autrement que par la nationalisation des biens du clergé (entre 7 et 11% de la richesse nationale) mais c’est la voie choisie et le maire est le premier échelon de l’édifice. Tout naturellement, quand le clergé sera mis en cause, non plus seulement pour sa richesse, mais pour son contrôle social, c’est le maire qui aura en charge l’Etat civil.

Bien sûr Burke a raison quand il constate que l’appel à l’égalité (1 élu pour 200 électeurs qui en fait, du point de vue municipal est 1 pour 100) se trouve face à des contradictions d’autant qu’il n’a pas eu l’occasion d’apprendre que les communes seront plus découpées en fonction du passé (les paroisses) que du futur. Il va y avoir en effet un décalage entre le nombre d’habitants et le nombre d’électeurs : un département riche aura plus d’imposables qu’un département pauvre même si le nombre d’habitants est identique. Mais les exceptions au principe ne changent pas le fond de la règle : la transparence et le pouvoir nouveau.

 Quel pouvoir ?

Edmund Burke désigne clairement ce pouvoir : « Vous ne manquerez pas d’apercevoir que ce plan tend de façon directe et immédiate, à diviser la France en un grand nombre de républiques entièrement indépendantes les unes des autres, sans autre lien constitutionnel direct que ce qui pourra résulter de leur acceptation des décisions prises par le congrès de leurs ambassadeurs respectifs [l’assemblée nationale.] »

C’est « une fragmentation de manière barbare » ajoute-t-il. Et il complète :

« Il est impossible de ne pas remarquer que des prétendus citoyens qui découpent géométriquement leur pays et l’organisent arithmétiquement traitent la France exactement comme un pays conquis et se conforment à l’exemple donné par les plus impitoyables des conquérants de jadis. »

Puis il insiste :

« Les auteurs des constitutions des républiques d’autrefois savaient que leur tâche exigeait d’autres moyens qu’une métaphysique de collégien ou des mathématiques d’un agent des gabelles. Ils avaient à faire aux hommes, ils se crurent donc obligés d’étudier la nature humaine. »

Preuve que déjà en 1790 on pouvait mettre sous le vocable « homme » tout et son contraire.

Pour Burke, l’homme est concret et porte une histoire. Pour les auteurs de la déclaration des droits de l’homme, il s’agit d’une abstraction que Burke juge assassine.

Une fois effacées les contraintes du passé, les maires ne vont-ils pas devenir les nouveaux despotes ? Burke a raison de pointer ce danger sauf qu’il oublie qu’en 1790, une règle a été imposée : pas plus de deux mandats donc pas plus de deux ans au pouvoir !

Règle il est vrai qui va très vite être abolie pour permettre la formation d’une nouvelle oligarchie politique. Règle qu’il faut cependant bien comprendre dans le contexte d’une séparation claire du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. La limitation du mandat (comme aux USA encore aujourd’hui et l’inspiration venait de là-bas) concerne le pouvoir exécutif seulement.

Pas la suite la municipalité française va évoluer de manière significative :

- le maire détenteur du pouvoir exécutif va être nommé par le pouvoir central

- les conseillers municipaux en tant que pouvoir législatif continueront d’être élu par des citoyens plus ou moins riches, puis par le suffrage universel  masculin et même depuis 1945 par les femmes.

 Centralisation et Centralisme

Oui, la municipalité a été conçue comme une république indépendante et à chaque étape républicaine, cet objectif est revenu en force. Pour établir un lien entre les dites républiques l’Etat central a régulièrement évolué vers le centralisme surtout par le contrôle financier, provoquant un clientélisme de la subvention clairement revendiqué encore aujourd’hui (votez pour moi car je suis l’ami du président du conseil général) et qui est une forme « démocratique » de la corruption.

Le système depuis les années 2000 a donc mis en œuvre une stratégie pour en finir en même temps avec la république indépendante et avec la centralisme coupable afin de vider le pouvoir municipal de toute réalité démocratique ! Un vide qui est valable pour l’institution régionale, nationale et européenne (là ce fut facile puisque de démocratie il n’y a jamais eu). Jean-Paul Damaggio

(1) Réflexions sur la Révolution en France

Partager cet article

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Municipales
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche